Iran - "La Poudrière"
Par Édouard Sablier

Laffont - Paris 1980

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ANNEXE -  I 
L'ASSASSINAT D'HOVEYDA

Ils ont donc fini par accomplir ce qu'ils voulaient dès le début. Les hommes qui se partagent le pouvoir en Iran ont assassiné Amir Abbas Hoveyda. Si ce juste avait trouvé la mort dans un soulèvement révolutionnaire, victime comme tant d'autres de la fièvre populaire, ses amis ne pourraient guère que le pleurer.

Mais dans le crime commis de sang-froid dans la prison de Khasr, il n'y a rien de tout cela. Amir Hoveyda était détenu depuis six mois, sans la moindre inculpation, jeté en pâture par le pouvoir royal qui espérait détourner sur lui la colère de la nation. Or, pas une fois depuis six mois, à travers les imprécations contre les corrompus et les tortionnaires, pas une fois, le peuple iranien n'a attaqué Hoveyda. Je ne parle pas, évidement, des campagnes orchestrées par les Goebbels qui tiennent la presse et la radio. Non. Pas une fois ne l'a-t-on accusé en face d'avoir les mains salies par l'argent, encore moins par le sang.

Sa mort a donc été un assassinat. Et rien d'autre. Tiré de sa cellule, où il était séparé du monde; accusé d'avoir combattu "Dieu sur la terre", il est livré à un bourreau drogué, qui l'abat à coups de mitraillette en hurlant des injures. Est-ce cela le procès conforme au droit islamique promis par ses geôliers?

De ce crime, je ne crois pas qu'on puisse en vouloir à Khomeini. Sans doute l'Ayatollah a-t-il une drôle de façon de remercier la démocratie pour l'asile et le forum qu'eIle lui a fournis. Mais lui au moins n'a jamais caché que cette démocratie, il la haïssait; que les prisonniers politiques devaient être abattus et non jugés. C'est donc seulement à ses coreligionnaires, sinon à Dieu, qu'il devra des comptes pour avoir osé couvrir tous ces crimes commis au nom de I'Islam.

Mais les autres ?
"Ces révolutionnaires en veston et cravate, qui affichent la civilisation en hypocrites? "Qui, goûtant dans le crime une tranquille paix,
"Ont su se faire un front qui ne rougit jamais."

Le chef du gouvernement, Mehdi Bazargan, rappelle complaisamment qu'il a fondé l'Association pour les droits de I'homme en Iran. Quels droits ? Pour quelle espèce d'hommes ? Vous l'avez vu et entendu ce vénérable vieillard, lissant sa barbiche, en assurant que les premières exécutions s'étaient faites à son insu ; que jamais, jamais, il n'y en aurait d'autres. Eh bien il est toujours là ce Bazargan, avec autour de lui ces sémillants jeunes gens qui hantaient à Paris les rédactions et les salons, pour dénoncer les iniquités du Chah et de la Savak.

Va-t-on continuer à les considérer comme des interlocuteurs valables ? Je plains le prochain ambassadeur qui présentera des lettres de créance signées Khomeini ou Bazargan. Il lui faudra regarder sous lui pour voir si des taches de sang ne maculent pas les tapis de l'Elysée.

Et qu'on ne vienne pas dire que ceux qui protestent aujourd'hui contre le meurtre d'Hoveyda n'ont pas protesté dans le passé contre les exécutions et les tortures en Iran, J'ai moi-même en main la preuve de plusieurs interventions en faveur des victimes d' hier. Aucune n'eut été possible sans le dévouement de Hoveyda.

Voilà les réflexions que m'inspire ce temps des assassins. Après l'amour de sa patrie, Amir Abbas Hoveyda n'avait qu'une autre passion : celle qu'il vouait à la France. Il fallait que les Français le sachent... (Édouard Sablier, Radio France Inter: 9 avril 1979.)

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