HORIZONS FRANCO-IRANIENS:
M. AMIR ABBAS HOVEYDA: "PENSER IRANIEN"

Le Premier Ministre de l‘Iran est surtout connu pour ses qualités d’homme d’Etat. Sa carrière diplomatique antérieure à son entrée au gouvernement, l’avait mené entre 1942 et 1958, tour a tour a Paris, Bonn, Genève et Ankara. Ce périple lui avait permis de se familiariser avec es problèmes internationaux. Grâce a son passage en 1958 à Ia Société Iranienne de Pétrole, il approfondit ses connaissances en ce domaine qui se trouve précisément être la pierre angulaire de l’économie iranienne.
S’intéressant à tout ce qui a trait à la gestion politique de son pays, le Premier Ministre qui porte un immense intérêt aux affaires extérieures, représente une figure de proue de la scène politique internationale.

Pour Amir Abbas Hoveyda la nécessité d’une révision complète de l’ordre économique international s’impose, afin de l’adapter aux conditions nouvelles et de l’asseoir sur plus de justice.

 Ce qui sensibilise en effet le Premier Ministre Iranien dans la situation internationale, c’est l’inégalité qui persiste entre les nations riches et les nations en voie de développement. Cette inégalité, qui est funeste pour le Tiers-Monde, ne permet pas cependant aux pays industrialisés d’échapper aux difficultés de notre temps, peut-être même au contraire.

Or, à l‘évidence, tous les pays sont étroitement interdépendants et la récession qui touche les pays développés vient s’ajouter aux retards des pays pauvres, retards qui sont un danger pour l’économie mondiale. Et, en fait, c'est la question de la survie et du progrès de toutes es nations qui se trouve posée aujourd’hui. Il n’y a donc qu’une solution raisonnable pour le chef du Gouvernement iranien, c'est la coopération sincère et complète pour la construction d’un monde nouveau.

Et, dans ce domaine, il est optimiste. Pour M. Hoveyda en effet, s’il est certain que les pays industriels du monde pourront préserver leurs positions sur les marchés futurs en mettant à profit l’énergie atomique, l’industrie électronique et des machines de précisions, ces pays ne pourront cependant plus acheter les matières premières à bas prix et vendre leurs produits industriels à des prix élevés. En d’autres termes, les pays industriels ne pourront réaliser des bénéfices spectaculaires en mettant la main sur les ressources des pays arriérés. Les pays industrlels doivent admettre cette vérité que nous vivons aujourd’hui dans un monde qui se tient comme les anneaux d’une chaîne dont la force sera celle de son anneau le plus faible. Ils doivent admettre qu’ils ne peuvent pas vivre seuls et que les autres pays doivent aussi profiter de la technologie avancée.

Et, en disant cela, M. Hoveyda pense bien sûr plus particulièrement aux pays producteurs de pétrole, comme l‘Iran. Pour éviter la réédition des erreurs passées, en ce domaine, il apparait nécessaire à M. Hoveyda de faire accepter par les pays industrialisés certains réajustement de leur économie afin que leur savoir-faire technologique, combine avec les ressources financières des pays exportateurs de pétrole, devienne un stimulant puissant, susceptible de relancer la production et de développer l’emploi.
Pour M. Hoveyda, il serait souhaitable que des mesures soient prises afin que les grands pays producteurs de pétrole aient leur mot à dire dans l’établissement et la gestion du système monétaire et financier international. D’autre part, afin que la collaboration entre les pays industrialisés et les pays producteurs de pétrole soit profitable autant aux derniers quaux premiers, il faudrait que les prix du pétrole soient liés à l’index des prix de 20 à 30 denrées de première nécessité et de produits industriels importés par les pays producteurs. Il faudrait également inciter les nations riches à assumer de manière plus sérieuse leurs responsabilités à l'égard des nations pauvres et à augmenter considérablement d’aide qu’elles ont souscrite aux Nations-Unies.
La Coopération internationale, cest donc la voie de la Raison. Pour M. Hoveyda. et dans cette perspective, c'est encore la coopération entre la France et l'Iran quiI cite en exemple. Mais le chef du Gouvernement iranien tient à nouer des relations de ce genre avec dautres pays également. A condition toutefois que la coopération soit sincère et que les efforts respectifs soient proportionnels aux capacités.
Ainsi, pour ce qui concerne le manque de produits alimentaires qui constitue un danger réel pour l'économie mondiale, tout en considérant la nécessité d'une aide urgente aux pays qui sont aux prises avec la pénurie alimentaire, le Premier Ministre estime que le volume de la contribution des pays riches devrait être fixé d'après leurs revenus par tête d'habitant.

        Un défi formidable nous confronte, écrit M. Hoveyda. L’Iran veut le relever, non pas par une confrontation avec les pays industriels mais par une sincère coopération  . Si cette coopération prend de l'ampleur, elle permettra le développement des pays les moins favorisés, sans que cela nuise aux pays industrialisés, au contraire, elle permettra ainsi d'asseoir les chances de la paix dans le monde en comblant le fossé qui sépare les nations riches des autres.

        Le chef du Gouvernement iranien veut donc faire de l' Iran une puissance internationale luttant pour la paix dans le monde, l' Entente et la Coopération. Le souci de justice et du progrès sous-tend toute la pensée de M. Hoveyda. Et s’il n’envisage le développement de l’lran que dans le cadre du progrès général des nations, son but est de faire de son pays une puissance économique égale aux pays d'Europe. C'est possible, selon lui, par la coopération bien sûr, mais il est également indispensable, que l ‘Iran se développe par sos propres moyens en utilisant les richesses qui viendront de son pétrole. Le but ultime du Chah et do son Premier Ministre est de construire en Iran une démocratie véritable et solide, basée sur la justice et le bien-être de la population. Pour atteindre ce but, M. Hoveyda est bien conscient de la nécessité de développer l’infrastructure et de jeter les bases dune économie qui permette à l’lran de se passer plus tard de ses revenus pétroliers et de mobiliser pour ce faire toutes les énergies, en offrant dès aujourd’hui à la population des satisfactions importantes et en maintenant les valeurs ancestrales.

        M. Hoveyda ne considère pas le pétrole comme une arme politique, mais bien plutôt comme une richesse qui doit être exploitée on vue d’assurer d’autres biens plus précieux, plus importants. Les ressources pétrolières n’ont en effet de valeur que dans la mesure où elles servent au développement de toute la nation: hygiène, éducation, réseau routier, en un mot si elles assurent au peuple de meilleurs lendemains.. il faut progresser dit M. Hoveyda, sans se laisser au demeurant emporter par le courant matérialiste. II faut conserver à la dignité, à l’éducation, au sentiment familial, aux croyances leur rôle et leur place. Tant il est vrai que nous avons une action morale a remplir  .

                Les objectifs du Premier Ministre iranien sent donc multiples et complémentaires. Mais un de ses soucis prioritaires est de développer l’éducation, qui, selon lui est à la base de toute réforme. N’est-ce pas le moyen indispensable pour sortir le peuple de l’ornière de l’ignorance, pour former des cadres qualifies ?  Il sagit donc de faire en sorte que ceux qui sont appelés à détenir les leviers de commande du pays se distinguent par leur compétence et non plus par leur naissance et leur argent.
       

                La formation des cadres est un souci prioritaire de M. Hoveyda car il ne faut pas oublier qu’une grande quantité de main-d’oeuvre et de fonctionnaires non-qualifiés ne peut, à elle seule, résoudre aucun problème, mais au contraire en créer de nouveaux. Et, par exemple, afin de rechercher une gestion plus efficace des entreprises d’un point de vue technique et économique, le Premier Ministre estime qu’il convient de développer l’enseignement des formes modernes de management dans le cadre des universités, d’instituts spécialisés et dans les entreprises elles- mêmes. Dune manière plus générale, M. Hoveyda affirme également que les intellectuels doivent se sentir mobilisés La personnalité des intellectuels doit se manifester par ses opinions politiques et ses buts sociaux et nationaux.
L’intellectuel qui n’a pas un rôle dans l’édification de la société n’est pas un‘véritable intellectuel. Un intellectuel, même s’il n’est pas d’accord avec les réalités de son temps, ne doit pas rester inactif. Il est le moteur du progrès de la société. II peut examiner les problèmes et donner les solutions.
        L’éducation de la population, la formation des cadres, l‘information sont des domaines qui intéressent donc au premier chef  M. Hoveyda et pour ce qui concerne le dernier point, le Premier Ministre insiste fréquemment pour que les journalistes passent les informations à la loupe, soient objectifs et surtout n'hésitent pas à dire la vérité quand quelque chose ne va pas. Cest là le seul moyen pour que chacun soit mis en face des réalités et de ses responsabilités.
        Mais une question mobilise toute l‘attention de M. Hoveyda. Et, là, c’est peut-être plus encore en ‘tant que chef du Parti du Renouveau qu'en tant que chef du Gouvernement quil agit c'est celle de la jeunesse d'lran.
        Au cours dune cérémonie qui s’est déroulée au camp de la jeunesse à Ramsar, à loccasion de l'adhésion dun million d’élèves au parti du Renouveau, M. Abbas Hoveyda déclarait notamment ,, Vous, mes jeunes amis, vous allez assurer de grandes responsabilités, car vous constituez les fondements de l’Iran de demain. Ne perdez pas de vue que vous représentez les énergies de demain dans notre pays, vous devez en conséquence apporter tous vos efforts au développement de notre Révolution.
        La création du Centre d’Orientation de l'Opinion Nationale s'inscrit dans le cadre de ces préoccupations. II s’agit bien grâce a cette organisation, de cimenter l'opinion publique et de développer sa collaboration avec le gouvernement en permettant à tout le monde de s’exprimer et de soumettre des solutions iraniennes aux problèmes iraniens.
        ‘Mais la tâche principale est de s’adresser à la jeunesse car, pour le secrátaire général du Parti, la jeunesse est, par définition contestataire et recherche à l'étranger les sources de son inspiration.   Elle n’a pas assez d’expérience pour échapper aux théories insidieuses que l'étranger veut introduire dans notre pays au détriment de nos intérêts. Ouvert aux différents courants qui traversent l'humanité, l'Iran se trouve en effet menacé de perdre son individualité au profit de thèses où de doctrines qui, à létranger, n' ont pas toujours eu des succès éclatants, au contraire.
        Alors, l'orientation à donner aux jeunes doit être, pour M. Hoveyda, une orientation soigneusement élaborée qui ne présente aucune faille. Et, contrairement à une inion courante, cette orientation ne doit pas nécessairement être l’apanage des jeunes, car les thèses politiques et sociales qui dominent le monde sont l’ouvre de gens ont consacré le plus souvent leur existence à les mettre au point.
        Par conséquent, c'est à l’organisation de l’Orientation Nationale et au parti du nouveau que revient la charge de la formation de la jeunesse. Chacun doit pouvoir librement exprimer ses opinions et du choc de toutes ces idées doivent se dégager des thèses conformes aux traditions, au caractère et aux objectifs nationaux. Cette mobilisation de la jeunesse et de l'ensemble de la population se fait, bien entendu, sur des objectifs précis. De ce point de vue, le gouvernement s’est fixé des priorités (le réseau routier, le développement des ports, la lutte contre la spéculation foncière et le développement du logement) mais M. Hoveyda se préoccupe sérieusement de bien dautres sujets.Il cherche, par exemple, à reformer la vie rurale ainsi que l‘administration.  La révolution administrative doit être selon lui, un élément important de progrès.

Quant aux agglomerations rurales, elles ne peuvent rester telles qu’elles sont actuellement le Premier Ministre envisage ainsi de remplacer peu a peu les 70 000 villages de Iran  --  dont certains sont séparés par plus de 300 km des villes   -- par 3000 petites villes, afin que les paysans puissent bénéficier de tous les aspects de civilisation et des services nécessaires. De plus, un des buts du chef du Gouvernement est de décentraliser le pouvoir, accorder aux gouverneurs de province davantage de possibilités.

On le voit, les préoccupations de M. Hoveyda sont diverses et touchent à tous les domaines de la vie politique et sociale de son pays. Mais toutes sont dirigées dans le même sens, celui de la croissance. Dailleurs, pour le Premier Ministre, cette croissance des possibilités et aussi des revenus du pays ne doit pas être prétexte à négliger les économies. Bien au contraire, il faut rester extrêmement attentif dans à gestion des revenus et s’abstenir de toute dépense inutile et de tout gaspillage. Par contre, cette croissance doit renforcer davantage le sens de la responsabilité chacun, la conscience professionnelle, la volonté de réaliser nos principes.

 M. Hoveyda concoit ainsi son rôle promouvoir et entretenir le sentiment national de sorte que chacun se sente à la fois attaché à faire de son pays une puissance moderne et engagé à défendre l’individualité et les valeurs traditionnelles de Iran.
L’aventure que vit l’Iran, l’aventure que vit notre monde, me paraissent sans précédent: c’est un changement d’être qui se produit sous nos yeux à une vitesse fulgurante. C’est tout l’homme, dans sa vie individuelle et sociale qui est en train de subir une mutation. Un monde s’effondre, un autre commence . Mais pour surmonter les crises éventuelles qui pourraient naître de ces transformations, l’Iran devra s'appuyer sur sa propre culture et ne pas emprunter cette culture commerciale de l'Occident. Nous devons profiter de l’expérience de l’Occident industriel, dit encore M. Hoveyda, et ne pas rester inactifs, mais notre société doit se baser sur son riche héritage culturel et sa structure sociale pour atteindre les valeurs auxquelles le monde Occidental n’a pas accès. Nous ne copions pas toute la civilisation occidentale. Beaucoup d’aspects de cette civilisation existent dans notre pays depuis des milliers d’années. Notre société repose heureusement sur des fondements culturels et religieux riches et profonds.

M. Hoveyda, chef du Gouvernement de l‘Iran donne l’exempIe de l’Iranien qui vit pour son pays et pour que ce pays devienne une grande puissance indépendante à tous les sens du terme. Il dit de lui-même: Un Premier Ministre n’exerce pas le pouvoir, il rend des services.
Horizons Franco-Iraniens 1977, No24 (Nouvelle Série)

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